- Nouveau
Et si l'histoire de la pensée sur le langage ne connaissait pas de longue nuit entre les Grecs et la Renaissance ? Pendant que l'Europe latine redécouvrait son héritage antique d'une manière altérée par les scolastiques, une science du langage d'une exigence et d'une finesse rares atteignait son plein essor à Bassora, à Bagdad, à Cordoue, à Jurjān. Née d'un défi théologique — en quoi le Coran est-il inimitable ? —, la balāgha a produit, entre le IIᵉ et le IXᵉ siècle de l'hégire, une tradition intellectuelle que la France ignore encore presque entièrement, faute de traductions, faute d'intérêt éditorial, faute de curiosité, faute de remise en question.
Et si l'histoire de la pensée sur le langage ne connaissait pas de longue nuit entre les Grecs et la Renaissance ? Pendant que l'Europe latine redécouvrait son héritage antique d'une manière altérée par les scolastiques, une science du langage d'une exigence et d'une finesse rares atteignait son plein essor à Bassora, à Bagdad, à Cordoue, à Jurjān. Née d'un défi théologique — en quoi le Coran est-il inimitable ? —, la balāgha a produit, entre le IIᵉ et le IXᵉ siècle de l'hégire, une tradition intellectuelle que la France ignore encore presque entièrement, faute de traductions, faute d'intérêt éditorial, faute de curiosité, faute de remise en question.
Ce livre en restitue les grandes figures : al-Mutanabbī, poète-guerrier qui a fait de sa vie le commentaire de ses vers ; al-Jāḥiẓ, polymathe insatiable mort, dit-on, écrasé par ses propres livres ; Ibn Qutayba, conservateur méthodique aux prises avec une crise identitaire de son empire ; al-Fārābī, philosophe de la cité idéale qui pensait le gouvernement du peuple par les images ; Ibn Sīnā, qui déplace la théorie du discours de la liste des figures vers la psychologie de l'âme ; 'Abd al-Qāhir al-Jurjānī, génie solitaire de Jurjān dont l'analyse du sens anticipe de huit siècles certaines intuitions de la linguistique moderne ; jusqu'à Ibn Khaldūn, qui fait de la langue le baromètre de la santé des civilisations. Onze portraits en tout — poètes, théologiens, philosophes, juristes, reliés non par la chronologie, mais par une question commune : comment les mots agissent-ils sur les hommes ?
Érudit sans être aride, ce parcours redonne voix à une tradition qui a autant à apprendre au linguiste, au théologien ou à l'amateur d'histoire des idées qu'au lecteur simplement curieux de comprendre pourquoi certains textes, certains discours, durent quand d'autres s'effacent. Une oasis longtemps ignorée par les routes tracées d'avance, qui n'attendait que de renouer avec sa source. En confrontant les méthodes de ces maîtres oubliés à celles de la linguistique moderne, cet ouvrage démontre que l'inimitabilité du Coran n'est plus affaire de foi seule.