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Faut-il réformer l'islam ? Critique du besoin de réforme de Mohammed Abed Al-Jabri (Al Qalam) examine les présupposés du discours de la réforme, ses usages politiques et idéologiques : pour le philosophe marocain (1936-2010), auteur de la Critique de la raison arabe, la réforme n'est ni un appel venu de l'extérieur ni un slogan interne, mais une nécessité dont il faut d'abord identifier les fondements réels. Quatre dossiers : le concept de réforme dans le référent traditionnel puis dans les références européennes, le contrat social du pacte de Médine à l'assemblée constituante, et les droits de l'homme.
Faut-il réformer l'islam ? La question est brandie de toutes parts, rarement examinée. C'est précisément ce travail d'examen que mène Mohammed Abed Al-Jabri, philosophe et penseur marocain de premier plan, dans Faut-il réformer l'islam ? Critique du besoin de réforme : une lecture critique et rigoureuse des présupposés de ce discours, de ses usages politiques et idéologiques, et une réflexion exigeante sur la modernité, la tradition et la raison dans le monde musulman. Aux éditions Al Qalam.
La critique d'un slogan
La réforme n'est ni un appel venu de l'extérieur, ni un slogan interne : une nécessité dont il faut d'abord identifier les fondements réels.
Deux traditions confrontées
Le concept de réforme dans le référent traditionnel islamique et dans les références européennes, examiné des deux côtés.
Par l'auteur de la Critique de la raison arabe
Al-Jabri (1936-2010), figure majeure de la pensée arabe contemporaine, aux éditions Al Qalam.
La thèse d'Al-Jabri tient en une exigence de méthode : pour lui, la réforme ne doit être pensée ni comme un appel venu de l'extérieur, ni comme un simple slogan brandi par des forces internes, mais comme une nécessité dont il faut d'abord identifier les fondements réels. Avant de répondre « oui » ou « non » à la question du titre, encore faut-il savoir de quoi l'on parle : c'est tout l'objet de la première partie, qui examine le concept de réforme dans le référent traditionnel, un concept « sous l'emprise des doutes », dont la conception dominante, écrit-il dans un titre de chapitre qui donne le ton, nécessite elle-même une réforme.
Le parcours convoque les grandes figures du réformisme musulman, al-Afghânî et Mohammad 'Abdouh, dont il interroge le rapport entre religion et politique, jusqu'à l'expérience spécifique du « salafisme nationaliste » au Maroc, en prenant soin de distinguer, autre titre de chapitre, le salafisme du passéisme. Puis il retourne le miroir : le concept de réforme dans les références européennes, de la traduction du Coran en latin et son rôle de référent dans la réforme en Europe, jusqu'à la laïcité érigée en modèle, à laquelle il oppose une autre paire de concepts : la démocratie et la rationalité.
Les deux dernières parties portent l'examen sur les deux notions que le discours réformateur mobilise le plus. Le contrat social d'abord, confronté au « contrat d'allégeance » et à la Sahîfa, le pacte de Médine du Prophète, puis suivi dans l'expérience européenne : le contrat entre l'Église et l'Empereur, le contrat social comme moyen de soumettre l'Église à l'État, jusqu'à l'assemblée constituante. Les droits de l'homme ensuite : la corrélation entre le droit et le devoir, la loi naturelle et la loi positive, l'idée de nature humaine comme source de la loi, et cette piste qui résume la démarche d'Al-Jabri : le renouvellement de l'intérieur, illustré par la question des droits de l'homme. Une érudition qui circule constamment entre les deux civilisations, sans jamais accepter qu'un concept voyage sans son histoire.
C'est un livre de pensée, qui demande un lecteur en état de le discuter : parfait pour l'étudiant en sciences humaines, le lecteur d'essais ou le cercle de lecture qui veut comprendre les termes exacts d'un débat trop souvent réduit à des postures médiatiques, quelle que soit la position qu'on en retire. Lisez la table des matières avant d'acheter, elle est le meilleur aperçu du sérieux de la démarche. Et pour saisir le projet d'ensemble dans lequel ce livre s'inscrit, prolongez avec Le projet de renaissance arabe, du même auteur chez le même éditeur : la question de la réforme y rejoint celle, plus vaste, de la nahda.
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Pour lui, la réforme ne doit être pensée ni comme un appel venu de l'extérieur, ni comme un simple slogan brandi par des forces internes, mais comme une nécessité dont il faut d'abord identifier les fondements réels. Le livre est donc moins une réponse par oui ou par non qu'une critique des présupposés du débat lui-même.
Un philosophe et penseur marocain (1936-2010), figure majeure de la pensée arabe contemporaine, auteur notamment de la Critique de la raison arabe, qui a profondément marqué le débat intellectuel dans le monde musulman.
Quatre grands dossiers : le concept de réforme dans le référent traditionnel islamique, d'al-Afghânî et Mohammad 'Abdouh au salafisme marocain ; le même concept dans les références européennes, de la traduction latine du Coran à la laïcité ; le contrat social, du pacte de Médine à l'assemblée constituante ; et les droits de l'homme, entre loi naturelle et loi positive.
C'est un essai de philosophie politique exigeant, qui suppose le goût de la pensée conceptuelle et de l'histoire des idées. Il ne demande pas de formation préalable, mais une lecture attentive : le lecteur d'essais y trouvera une pensée structurée, et l'étudiant une référence sur le débat de la réforme dans la pensée arabe contemporaine.
Fiche technique